Lettre de Thyde Monnier



Samoëns 24 aout 1937

Mon cher Raymond

Je viens de voir hier des peintures à s'évanouir de joie. J'aurais voulu que vous soyez là pour savoir si je suis seule à trouver cela aussi beau. C'est d'un photographe de Taninges, Serge Forio, cousin de Giono, qui fait ça quand il a du temps, " en chantant", en mangeant ou n'importe. C'est du primitif de couleur et de matière absolument magnifique à mon goût.
Une "nativité" de huit mètres carré ; femme au centre, toute d'un bleu de banière sans une ombre. Homme qui pose sa main sur elle : blanc en chemise Lacoste avec une sorte de chapeau melon sur des cheveux bouclés, des yeux d'Andalou, une bouche de fille à fines moustaches, grosse femme en " ? " rouge, assise

au sol, levant le nouveau né à tête énorme sur un corps grêle. D'autres gens, tous beaux. Un daim plein de grâce, une colombe, au fond une musique d'arbres - troncs morts sans feuilles s'entrecroisant sur un ciel bleu d'une lumière de levant. - J'ai fait un poème comme sur votre tête de gorgone à qui je rêve toujours et que je veux sérieusement vous demander pour ma pièce de travail.
Je n'ai pas trop envie de vous parler de moi. Je suis en vacances c'est à dire que je perds mon temps. Je languis que vous veniez me voir ( du 2 au 20 septembre je serai à Bandol ensuite Paris pour la sortie de Grand Cap ensuite encore Bandol cet hiver ).
Ma maison agrandie, embellie, un bureau, un divan pour vous, une grande cheminée pour feu de bois et je serai si heureuse de vous retrouver. Il y a un siècle que je ne vous ai vu !

Souvenirs les meilleurs à vos parents. Les amitiés d'André qui se repose ici avec moi et à bientôt hè ? N'oubliez pas je rentre le 2.

Votre amie Thyde.


La rue courte a été traduite en tchèque, on s'occupe de la traduction anglaise, allemande, russe. Le Journal cite mon nom pour le prochain Goncourt.